La Génération Y par elle même | Interview avec Myriam Levain – MAISONHATE
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La Génération Y par elle même | Interview avec Myriam Levain

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On a toujours entendu des préjugés sur la génération des 18 ans 30 ans, à savoir qu’ils sont dépolitisés, individualistes, insolents, porno addicts,… on en passe et des meilleurs. Cette génération, scientifiquement et sociologiquement dénommée « Génération Y» a trouvé ses avocates dans deux jeunes journalistes, Myriam Levain et Julia Tissier, auteures du livre « La Génération Y par elle même », qui par leurs recherches et leur savoir-faire ont réussi à expliquer et à décrypter les codes de cette génération si mal comprise.

MaisonHate est allé à la rencontre de Myriam Levain, l’une de ces deux journalistes « Warrior » pour avoir quelques pistes.

En quelques mots peux tu m’expliquer la genèse du livre ?
Julia et moi, on travaille pour le magazine Be, qui s’adresse aux 18-35 ans, soit la cible de la Génération Y.  Chaque semaine, on cherche des sujets sur les jeunes femmes de cette génération, et on a vu qu’il y avait des traits communs qui revenaient très souvent dans les modes de vie.

Un jour on a été mobilisées par notre rédaction en chef pour réfléchir à un dossier « avoir 30 ans ». Du coup on a fait pas mal de recherches, et on s’est rendu compte qu’il y avait assez de matière pour en faire un livre. Et on s’est lancées ! Par ailleurs, quand on lisait des articles sur les jeunes, on était souvent en désaccord : le discours était plutôt négatif, c’était souvent les vieux qui parlaient des jeunes et rarement les jeunes qui parlaient d’eux mêmes. Ce livre était l’occasion pour nous de reprendre la parole et de donner un avis positif sur cette génération souvent dénigrée. Voilà comment ça a commencé et ça a donné le livre que tu connais.

Vous attendiez-vous à un tel succès ?
A une telle médiatisation, non évidemment ! Même si comme tout auteur on espérait que ça allait marcher. En revanche on sentait que l’on avait un sujet dans l’air du temps.
Le terme de « Génération Y » on ne l’a pas inventé, il y avait déjà eu pas mal de bouquins de management ou de ressources humaines écrits à ce sujet. Nous, quand on a découvert le concept, ça nous plaisait de parler de notre génération, surtout que peu de gens l’avaient fait. On savait que l’on tenait un bon sujet, que la jeunesse était un thème qui commençait à émerger dans la campagne électorale, mais on ne pouvait pas prévoir qu’il serait autant médiatisé. Je pense qu’en fait il y a un réel intérêt pour ce sujet.

Les gens qui achètent votre livre sont-ils plutôt des jeunes de la génération Y ou sont –ils plutôt des générations précédentes ?
Il est encore trop tôt pour avoir des informations fiables sur les ventes. En tout cas, nous on s’est vraiment adressé aux deux générations. Parfois dans le bouquin on fait des clins d’oeil, des références qui parlent directement à la génération Y, mais on sait qu’on ne va rien lui apprendre sur son quotidien. Par contre, on réalise que cela rassure pas mal de gens de savoir qu’ ils ne sont pas seuls dans leurs interrogations. On s’adresse aussi beaucoup aux parents car on se rend bien compte qu’il y a des décalages et des choses qu’ils ne comprennent pas, et qui les angoissent à mauvais escient.  En prenant la parole,  on voulait leur dire que ce n’est pas si terrible, qu’on s’accommode des situations et que l’on se débrouille.

Si tu devais choisir un adjectif pour définir la Génération Y dans sa globalité, quel serait il ?
Peut être le mot « connecté ». D’abord parce qu’on est la génération du web : les plus vieux Y ont attrapé internet alors qu’ils étaient ados ou étudiants, les plus jeunes ont carrément été élevés avec le web. Donc c’est quelque chose qui fait vraiment partie de notre vie. J’aime beaucoup le mot connecté parce qu’il y a le côté geek (technologique), mais aussi le côté connecté aux autres qui et très fort dans la génération Y. Les gens sont toujours en contact les uns avec les autres, les réseaux sociaux, c’est ce qui nous relie les uns aux autres. Contrairement à ce qui se dit, on développe beaucoup de nouvelles formes de solidarité et c’est ce qui prouve que nous ne sommes pas si individualistes que ça.

La génération Y est celle du web, quelles influences penses-tu que les blogs ont sur la société ?
Je pense qu’elle est assez énorme, mais le vrai problème est qu’il y a tellement de blogs à travers la planète qu’il est difficile de s’y retrouver sans une très bonne connaissance du web. Mais l’arrivée des blogs a changé énormément de choses, ne serait-ce que pour nous journalistes, c’est une nouvelle source d’information. Au début, les journalistes se sont beaucoup inquiété et y ont vu une concurrence, mais le blog a en fait créé un monde parallèle de l’information, obligeant les journalistes à revoir leurs méthodes de travail et à s’adapter. En même temps pour nous c’est génial, c’est une source d’info supplémentaire, et pour certains journalistes c’est aussi un support moins formel, plus interactif sur lequel ils peuvent s’exprimer.

Pour les non journalistes je pense que c’est un nouveau canal d’expression accessible à tous, gratuit, assez démocratique, et qui permet de faire émerger des gens qui viennent de nulle part et qui ont juste un vrai oeil, une vrai oreille sur la société. Quand on y pense, c’est assez fou, sur toute la planète il y a de vrais talents qui émergent, parfois dans des coins assez reculés et sans aucun contacts haut placés. Je trouve ça magique.

Les baby-boomers de Mai 68 étaient des hippies et sont devenus des bobos (Bourgeois Bohême), comment va vieillir la génération Y?
C’est une bonne question car en effet les plus vieux de la Génération Y ont 30 ans, ou à peine plus. Il y a beaucoup de choses que l’on n’a pas encore faites, comme des enfants… On est encore dans un mode de vie adolescent ou de jeunes adultes, et c’est vrai qu’on se demande si on va être rattrapé par les vieux schémas de nos parents ou si on va on va inventer un nouveau mode de vie. Il y a vraiment deux écoles : ceux qui disent que nous n’inventons rien, qu’on est des jeunes comme les autres et qu’on finira vieux et « réacs » comme les autres ; et ceux qui disent que le monde a vraiment changé, que les perspectives ne sont vraiment pas terribles, que la précarité ne va pas disparaître d’un coup, et que l’on va peut être vivre de façon plus bohème toute notre vie. On vivra peut-être d’une façon moins matérialiste, mais parce qu’on n’aura pas le choix.

On vit une époque plus individualiste que celle des baby-boomers, mais la différence entre notre génération et la leur, c’est qu’eux ils ont vraiment voulu faire la révolution, et qu’ils se sont vite rendu compte que c’était une utopie, alors que nous on ne prétend pas refaire le monde, on est plus pragmatiques. On nous reproche d’être réacs et sans idéaux mais néanmoins on ne renoncera pas à nos rêves. Il y a peut-être moins de chances que l’on passe d’un extrême à l’autre.

Le livre « La Génération Y par elle même », d’une justesse incroyable, nous permet de découvrir notre mode de fonctionnement et balaie clairement les préjugés que nos ainés peuvent avoir de nous. Alors courrez vite chez votre libraire pour découvrir ce petit bijou, drôle et sérieux à la fois et tellement important pour justifier nos actes à des parents qui, mêmes branchés, peuvent être parfois très vite dépassés.

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Gautier REJOU pour MaisonHate.