Interview NZCA LINES | L’extra terrestre

Étrange mille-feuille synthétique combinant harmonies pop, arrangements sexy et rythmes R&B, NZCA/LINES (le projet solo du dandy anglais Michael Lovett) fait déjà beaucoup parler de lui. Produit par Charlie Alex March (LO / LOAF Recordings) et mixé par Ash Workman (Simian Mobile Disco, Metronomy…), ce premier album tient du miracle.

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Hi Michael, peux tu te présenter en quelques mots aux lecteurs de Maisonhate ?
NZCA/LINES est basé à Peckham, un quartier un peu inaccessible de Londres, à Albion. Auparavant Albion était une île, puis elle a été reliée à la Scandinavie par une extension qu’on appelle Doggerland, et qui est à présent recouverte par la Mer du Nord. Ces terres oubliées sont les mêmes que Lyonesse, Cantref Gwaelod ou Nazca Lines.

D’où vient le nom NZCA/Lines?
Les Nazca Lines sont une collection de grandes figures, les géoglyphes de Nazca, tracées sur le sol dans le désert au Pérou. Elles ont été dessinées par une civilisation qui reste encore mal connue, il y a près de 2500 ans, et consistent en de grandes lignes, souvent figuratives et parfois longues de plusieurs kilomètres, creusées sur un sol couvert de cailloux que l’oxyde de fer a coloré en gris. En les ôtant, les Nazcas ont fait apparaître un sol gypseux plus clair découpant les contours de leurs images, lesquelles ont été préservées grâce au climat très sec du sud du Pérou. Appeler notre projet Nazca Lines nous semblait trop proche de la réalité, on a donc créé NZCA/LINES, une sorte de nom de code.

Qu’est-ce que Nazca Lines signifie pour toi?
Je suis fasciné par la psycho-géographie, tout ce qui crée la notion d’ »endroit », tout ce qui touche à la notion d’architecture au sens le plus large. Les relations entre les différents espaces m’ont toujours intrigué, par exemple ce qui se trouve en dessous de vous lorsque vous êtes sur un bateau dans l’océan, ou la façon dont vous percevez les paysages depuis un avion. Les Nazca Lines ne peuvent pas être comprises depuis le sol, elles ressemblent simplement simplement à une série de routes ou de chemins. Ce qui est encore plus intéressant, c’est de se dire que la civilisation qui les a créés n’a jamais pu les voir, c’est comme s’ils avaient tenté de communiquer avec le futur, sauf qu’ils pensaient qu’ils communiquaient avec les dieux.

L’album dure 36 minutes et contient seulement 10 titres, est-ce que c’est un véritable choix de ta part?
Dix morceaux c’est la longueur classique pour un album, et 30 minutes est la durée d’attention recommandée. Je ne dirais pas que nous avions tout planifié en ce sens, mais on a rapidement compris que l’album devait être plutôt concis.

Est-ce que tu a eu des difficultés à choisir 10 musiques spécifiques pour l’album?
A vrai dire, j’avais prévu qu’il y ait plus de connections entre les titres de l’album – l’harmonie de AM Travel Interlude est en fait liée de façon très proche à celle de Base64 Love, bien que ça ne soit pas évident au premier abord. J’aime l’idée de thèmes en musique classique, d’éléments qui permettent une composition d’ensemble. Je n’ai pas pu réaliser la totalité de ces ambitions sur l’album, mais certains morceaux fonctionnent tout de même ensemble, par exemple Work m’apparait comme une suite mélancolique au morceau plus romantique Nazca (même si cela peut ne pas sembler évident). Il y avait aussi des morceaux que l’on aurait pu inclure dans cet album mais qu’on a préféré garder pour le prochain.

Combien de temps la préparation de l’album a-t-elle pris?
Ce n’était pas une préparation en deux temps, avec d’abord une phase d’écriture puis une phase de production. En fait, j’ai commencé à écrire certaine de mes chansons avec Charlie, puis sa vision des choses lorsqu’il produisait a commencé à influencer les autres musiques que je faisais. On échangeait beaucoup sur les titres, Charlie suggérait les changements et je faisais les améliorations en fonction de cela. C’est comme ça qu’on a découvert le son de cet album – ce qui nous a probablement pris quelques semaines si on ajoute tout bout à bout, mais on y a passé plus d’un an et demi en réalité. Puis on a mixé l’album en une semaine avec Ash Workman et Charlie.
Avec un peu de chance la préparation du prochain album sera plus rapide, puisqu’on a établi une sorte de méthode de travail maintenant.

D’où vient ton inspiration?
La musique de cet album a été très fortement inspiré par des sons RnB, comme Kelis, Aaliyah, Ciara etc. En particulier le style d’Aaliyah, étonnamment doux, et la façon dont les parties vocales de ses morceaux sont structurées comme les instrumentales. L’album a aussi été inspiré par de la musique instrumentale électronique, comme Ovuca, DMX Krew et Aphex Twin, ainsi que par les conceptuels Detroit techno of Drexciya. Au niveau des paroles, l’inspiration vient d’auteurs comme Italo Calvino et Jorge Luis Borges, qui usent de la prose poétique pour construire des fictions philosophiques. Je suis également inspiré par des choses aussi diverses que la mythologie antique, la science fiction, ou l’architecture utopique.

Y a-t-il un message spécifique dans cet album?
C’est un album conceptuel. Les dix morceaux sont comme des extraits d’un film, ce sont les aperçus fugitifs d’un univers en expansion. Cette idée se raccroche à celle des New Magnetic North, une ville invisible qui n’existerait qu’en lien avec NMN, et qu’on ne pourrait trouver qu’à l’aide d’une boussole suivant les pôles magnétiques artificiels. Un important réseau d’avions traverse ces régions, et Nazca en est un point essentiel : c’est un terminus, une intersection, un axe autour duquel les pôles opèrent une rotation.

As tu personnellement exigé qu’Ash Workman mixe cet album pour vous?
Charlie et moi-même avons toujours eu Ash en tête pour mixer l’album. Nous connaissions bien son travail pour Your Twenties – en fait, la première fois qu’on l’a rencontré c’est quand il bossait sur la session Stephen Street que YT a réalisé pour Billionaires. Après ça, il a commencé à travailler avec Metronomy et Simian Mobile Disco puis les choses se sont accélérées. Je suis content qu’il ait eu le temps de mixer cet album, et j’espère travailler avec lui sur le prochain aussi… s’il n’est pas trop cher.

En tant que DA moi-même j’ai trouvé la couverture de l’album plutôt cool, qui en est l’auteur?
Elle a été créée par Non-Format, un duo de graphistes brillants. Je leur ai envoyé une mood-board avec différentes images en leur expliquant à quoi le projet devrait ressembler dans mon esprit, et ils ont créé cette image qui est parfaite parce qu’elle capture à la fois les élément de science-fiction et le feeling West Coast RnB, sexy que je voulais faire passer. Je fais quelques illustrations moi-même (par exemple la couverture du single Nazca 7”), mais je ne me sentais pas les compétences nécessaires pour produire quelque chose d’assez percutant pour l’album.

Est-ce que le packaging, la vidéo et l’aspect marketing du projet sont aussi importants pour toi que la musique que tu fait?
C’est extrêmement important. Je pense que créer un univers, un ensemble qui permette d’englober à la fois la musique, le côté artistique et la vidéo, ainsi qu’un live, est un des aspect les plus excitants de ce projet. Comme je l’ai dit, j’avais des points de référence spécifiques en tête pour la couverture de l’album, et j’ai collaboré étroitement avec James Houston pour le clip de Compass Points. Je suis d’ailleurs en train de finaliser la vidéo de Okinawa Channels avec quelques amis. On fait aussi du merchandising parallèlement, j’aimerais vendre des livres de petites histoires pendant les shows, des choses comme ça. C’est plus que juste de la musique, mais la musique doit être excellente!

Tu sera le 19 février au Point Ephémère, est-ce que tu prévoit une tournée en France, en Europe ou dans le monde après ça?
On sera à Lille le 17 février aussi, et on revient en France en avril pour soutenir Of Montreal. C’est une petite tournée, c’est vrai, mais on espère en faire plus très bientôt, et faire quelques festivals d’été aussi. On devait faire SXSW au Texas cette année mais on a malheureusement pas assez d’argent pour y aller, c’est vraiment dommage. On a un très bon agent qui travaille pour en UK et en Europe, Pitch & Smith, donc avec un peu de chance vous entendrez très bientôt parler de NZCA plus souvent.

Tu joues avec un groupe pour ce concert ou vous serez seul?
En live nous sommes à trois. J’ai un MPC sampler et un clavier, et je joue avec un batteur/percussionniste et un bassiste qui a également un clavier. Cet album est un album studio mais le but au final est de partager ce son en live. L’utilisation des projecteurs est importante, par exemple pour Okinawa Channels (à voir sur la vidéo en live), mais j’espère la développer encore plus très rapidement.

Ton album sort le 27 février, tu penses déjà au prochain ou tu attend d’abord de voir ce qui se passe?
J’ai déjà commencé à travailler sur le prochain album, avec Charlie, et on a une idée de ce que ça va donner en gros. A voir dans les bacs.

Aucun invité sur ton album, une raison en particulier?
Si il y a quelques invités : Gabriel Stebbing fait quelques parties vocales sur Compass Points, Atoms & Axes and Nazca, mais c’est certainement difficile à distinguer puisque nos voix sont assez similaires (nous sommes demi-frères). Les choeurs sur AM Travel Interlude ont aussi été enregistrés en live par six personnes.
J’espère avoir plus de voix féminines sur le prochain album, j’ai déjà quelqu’un en tête d’ailleurs.

Tu voudrai que ta carrière ressemble à celle de quels artistes?
J’adorerai avoir une carrière comme celle de Caribou, c’est-à-dire produire toute une série d’albums variés et ambitieux, et avoir aussi une super groupe de live et des fans fidèles. On peut dire la même chose de Of Montreal d’ailleurs, ils sont un bon exemple de groupe qui a su garder une véritable esthétique propre.

Un dernier mot pour les lecteurs de Maisonhate?
Plongez vous dans notre musique, donnez vous entièrement, et vous ne le regretterez pas.

English translation: Chloë

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