Interview Sayem | Authentique et talentueux

C’est au Centre Barbara Goutte D’or que Maisonhate s’est rendu pour une interview exclusive de Sayem, un artiste hors du commun. On le compare souvent à DJ Medhi, il est venu nous parler de son deuxième album « A city Gone Mad W/Fever », B.O d’un conte imaginaire dont on est un peu tous les héros…. We are all Sayem


D’où te vient ce nom Sayem ?

Sayem est un nom qui me vient de mon enfance quand j’étais petit garçon. La nuit pour m’endormir je m’étais inventé un monde magique où Sayem était mon super héros. Après je saurais pas exactement pourquoi ce nom, mais ça m’est resté. Et plus tard, quand j’ai cherché un pseudo, j’ai pensé à GrandMaster Flash mais c’était déjà pris, alors finalement je me suis décidé pour Sayem, ce super-héros imaginaire qui me représente plutôt bien.

Tu es originaire de Toulouse, y a t’il eu des artistes locaux qui t’ont inspiré ?

Il y avait KDD un groupe de Rap qui m’a bien inspiré à l’époque, un groupe de Toulouse dont on était tous fan à 14 ans. Plus tard, Zebda ou les Fabulous Trobadors… Je ne peux pas dire qu’ils m’ont directement inspirés mais ils m’ont montré que je pouvais sortir de Toulouse et avoir une vie autre. En fait, ce qui m‘a le plus inspiré, c’est la pression qu’on se mettait entre potes, DJ et rappeurs, ça nous poussait à nous surpasser.

Qu’est ce qui t’as conduit à Paris ?

J’avais envoyé un maxi d’abstract hip hop aux Inrocks et j’y ai été chroniqué alors qu’il n’était jamais sorti dans le commerce. Du coup j’ai envoyé la chronique et le maxi à toutes les agences de pub et aux labels pour voir ce que ça donnait. Sur les conseils de mon frère qui était déjà à Paris, je suis monté et très vite j’ai eu la chance de rencontrer beaucoup de monde en soirées. 3 mois après je faisais la pub Nokia. J’ai eu énormément de chance d’avoir été choisi parmi les différents artistes : DJ Shadow, Chemical Brothers, et 4 compositeurs dont 2 de chez Nokia. C’est la réalisatrice américaine qui m’avait appelé après avoir reçu mon maxi, en me disant « tu n’as aucune chance par rapport aux autres artistes, mais j’aimerais bien que tu testes pour qu’on commence à travailler ensemble et voir pour d’autres projets.  Finalement c’est moi qui ai gagné la compétition ! Ça a été une opportunité incroyable pour moi, une pub mondiale, pour une marque prestigieuse à l’époque, sans voix off, ce qui permettait à ma musique d’être mise en avant !!! Je trouvais la pub en elle-même était magnifique.

A propos de A City Gone Mad W/Fever ton dernier album, tu as dit sur France Inter que tu te considérais plus comme un anti-héro qu’un super héro. Penses tu que cela reflète l’état d’esprit un peu désabusés des trentenaires d’aujourd’hui ?

Pour moi à 32 ans, le super héros a un côté un peu plus chiant, il représente plutôt la génération de nos parents, avec un côté paternaliste et protecteur. En fait, je trouve l’anti-héros un peu plus sexy. On est une génération de rêveurs un peu maladroits, qui a eu une grande liberté grâce à nos parents. On a pu prendre le temps de vivre, de faire nos erreurs, d’échouer, de rebondir. Je pense que ça nous a donné une certaine liberté de ton et d’autodérision. J’aime pouvoir rire de la dualité d’être un jour au sommet et de pouvoir tomber et très rapidement se relever. Ça permet de garder les pieds sur terre.

Dans cette même émission, tu as dit que tu avais eu du mal convaincre Arthus de Lavilléon de collaborer avec toi ?

Avec Arthus on a eu une sorte de coup de foudre mutuel à la fin d’un enregistrement sur France Culture. J’étais là pour mixer et faire une interview, lui pour la BD qu’il avait faite pour Castelbaljac. J’adorais son univers, il aimait beaucoup le mien et avait adoré mon 2eme album. C’est un artiste génial et c’est une des plus belle rencontre que j’ai faite sur ce disque. Par contre une fois qu’il te dit oui je vais le faire, ça peut prendre des années et il est ingérable, c’est très drôle. Ce disque est la B.O d’un film imaginaire que j’ai voulu illustrer. A la base j’avais écrit 11 histoires d’un scénario comprenant 11 personnages et je lui avais passé une commande pour les illustrer. Pendant 2 ans on se voyait régulièrement pour le projet, on rigolait, on se racontait nos vies, les histoires avec mon ex, etc. Au bout de 2 ans il m’a présenté une histoire avec tout ce que je lui avait raconté pendant ces 2 ans, il était mort de rire en me la montrant. Il a en fait de Sayem un super héro sans que je m’en rende compte. C’est un super cadeau pour moi qui suis très pudique.  Faire de moi ce héros un peu looser du livre, j’ai trouvé ça très mignon, surtout qu’il y a un vrai sens derrière tout ça, il a fait de moi le héros de mon propre disque !!! Dans 10 ans quand je regarderai en arrière, cette BD sera comme le témoin d’une époque qui a été super importante pour moi.

Cet album se veut être une sorte de B.O, envisages tu par la suite de travailler pour des musiques de film ?

Oh oui, je pense que la B.O est le rêve secret de tout musicien. Travailler avec l’image, c’est fort et le rapport son/image est une des choses les plus puissantes. Quand tu travailles sur un film tu dois faire vivre la poésie. Le sourire est dans l’écran et tu dois faire réagir le public. Le fait d’être autodidacte fait que tu dois te créer par toi même des émotions et des textures et je pense que c’est proche de donner de l’émotion, de l’harmonie dans un film. On me dit souvent que ma musique est cinématographique car elle amène une texture une ambiance et une atmosphère qui pourraient appeler un film derrière, mais je ne voudrais pas que ce que je dis paraisse prétentieux car ce n’est pas le cas.

Qu’est ce qui t’as donné l’envie de collaborer avec DSL et la chanteuse du Prince Miiaou sur cet album ?

DSL, je les ai connu par mon ami Jeff Dominguez, pour moi un des plus grands ingénieurs du son français. Il a fait le premier album de DSL pour Ed Banger et ils sont très amis. Pour mon album j’avais besoin d’une grosse voix, un peu inquiétante pour faire le méchant et Jeff nous a mis en contact, et c’est vrai que la grosse voix de David collait parfaitement.

Et pour le Prince Miiaou, c’est plus un coup de cœur car j’adorais son premier album. J’étais à la recherche d’une voix lyrique et elle correspondait parfaitement à mon idée. Elle a vraiment une voix magnifique. Et puis faire venir un Prince Miiaou dans une citée pleine de super héros, c’était un super pari et çà m’a bien fait marrer… D’ailleurs sur scène et dans le clip elle porte un masque.

Pour finir, on te compare souvent à DJ Medhi, était-ce un de tes amis ou l’as tu rencontré ?

Medhi, je ne peux pas vraiment dire que c’était un ami, plutôt une connaissance.  C’est d’ailleurs lui qui m’avait recommandé Jeff Dominguez quand je suis arrivé à Paris. A la base à cette époque, je voulais que ce soit Medhi qui réalise mon premier album, mais il avait refusé. Il trouvait que nos univers étaient trop similaires et pensait ne pas avoir la bonne distance pour m’aider. En plus, à ce moment-là, il bossait ses propres projets, et ça aurait été une pression supplémentaire pour lui. Il m’a donc présenté Jeff, son ingé son. C’est vraiment Medhi qui m’a mis le « pied à l’étrier ». Par la suite, on s’est souvent croisé, et j’ai toujours attaché beaucoup d’importance à ses conseils, son avis était très important pour moi. Sa disparition m’a vraiment fait de la peine, c’était un des meilleurs DJ Français et un homme exceptionnel qui n’a jamais laissé tomber personne.

Une belle rencontre qui vous donnera envie d’en savoir plus sur un garçon authentique et talentueux. Alors tous à vos scooter direction votre disquaire préféré.

Par Gautier Réjou

Et retrouvez SAYEM au chacha le 5 janvier
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